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5 choses que j’ai appris en Afrique et que nous devrions réapprendre

Moi avec des Masaïs au Kenya. ces gens là en savent bien plus sur la nutrition et la médecine que "nos experts".

Lors de ma première expatriation au Moyen-Orient les anciens m'ont dit à l'époque : "Tant que t'as pas fait l'Afrique t'es pas un vrai expat".

J'avoue que je ne comprenais pas vraiment de quoi ils parlaient à l'époque. Mais j'ai toujours eu confiance en ce que me disent les anciens plutôt que les jeunes de mon âge qui croient tout savoir car ils ont un diplôme.

L'Afrique c'est ce continent qui nous rappellent parfois que nous petits blancs on ne sait pas tout comme on a trop la prétention de le penser.

Plus je passe de temps ici plus je m’aperçois que nous ne sommes pas si "en avance" que ça. Alors bien sûr tout n'est pas rose il y a des coupures de courant, les transports publics sont quasi inexistants, les routes sont dans des états pitoyables mais il y a toujours ces choses qu'on a perdu dans nos sociétés modernes qui donne une "âme" à l'Afrique.

Voici 5 choses qui me font aimer l'Afrique et qui je pense nous devrions apprendre ou réapprendre :

1. Des repas traditionnels et ancestraux

Je suis tombé récemment sur un article de Slate qui parlait du "bouillon d'os" comme boisson de l'hiver ! 

Si vous êtes allés au Kenya et que vous n'avez pas essayé le nyama choma avec la bière locale Tusker, alors vous n'êtes jamais allés au Kenya.

Ironiquement la veille j'étais dans un bar ici au Kenya et avec le nyama choma traditionnel était servi le bouillon. Tout le monde sait ici que ce type de soupe est bourrée de nutriments.

Traditionnellement ils gardent les os et les carcasses et les font cuire pendant des heures afin d'obtenir un bouillon extrêmement riches en nutriments provenant des os et de la moelle.

En France le bouillon était aussi un plat traditionnel mais il est tombé en désuétude pour les cubes qui n'ont de bouillon que le nom.

Autre exemple ce jus dont j'ai oublié le nom, fait à partir de branches et qui soignerai le mal de dos. J'avoue que le goût est un peu spécial (amer) mais on s'y habitue 🙂

Ce type de plats très bons pour la santé ont néanmoins quasiment disparu de notre culture, c'est quelque chose qu'on classe dans les "recettes de grands mères". Personnellement ce n'est pas ce que j'appelle "le progrès".

On fait bouillir les branches pour obtenir une boisson qui soignerait le mal de dos.

2. Manger avec les mains est normal

​Dans notre pays rempli de codes et totalement aseptisé manger avec les doigts est limite vu comme un truc de pauvre et malsain. Attention les méchants microbes vont nous tuer !!!

J'ai été en contact avec ça pour la première fois au Moyen Orient où il y a beaucoup d'Indiens et de Népalais qui traditionnellement mangent avec les doigts.

En petit Français que j'étais je trouvais ça vraiment bizarre. Puis je m'y suis mis petit à petit et je dois avouer que c'est vraiment cool. Ma copine, qui est Kenyane, me voyait galérer notamment avec le poulet et le poisson et me disait d’arrêter de me prendre la tête et d'utiliser "my African fork" (ma fourchette africaine).

Sans nourriture nous ne pouvons survivre. Pourquoi alors placer ces aliments comme quelque chose de "dégouttant" qu'il ne faut surtout pas toucher avec les mains ? Il y a comme quelque chose d'intime de manger avec les doigts. On touche ce qui nous nourrit, ce qui va nous permettre de vivre et il n'y a pas de dégoût à avoir.

Essayez donc de manger avec vos doigts de temps en temps, de casser ces idées rigides. Vous verrez vous ne tomberez pas malade, cela fera moins de vaisselle et ça vous évitera de "manger comme des blancs" qui est le point suivant.

3. On ne mange pas "comme les blancs"

En Afrique à chaque fois que je mange du poisson ou du poulet je ressent cette énorme pression sur mes épaules et cette phrase dans ma tête qui me dit "surtout ne mange pas comme un blanc sinon tu vas te faire critiquer".

"Manger comme un blanc" c'est tout simplement laisser de la nourriture sur les os ou les arrêtes. Et croyez moi mes parents m'ont appris à ne pas gaspiller mais j'étais encore loin d'imaginer qu'il faut que les os soient nikel de chez nikel !

Mais le plus dur est pour le poisson où parfois tout doit être mangé y compris les yeux et la cervelle.

Ils aiment bien nous chambrer la dessus et comme le montre la photo ci-dessous c'est une blague commune.

"Comment les gens mangent le poulet ?" De gauche à droite : comme les blancs, comme les noirs, comme un nigérian, comme un Luyhas (une tribu du Kenyan)

En Juin dernier ma copine et moi étions chez mes parents et nous avons fait un barbecue. Quand elle a vu la façon dont on "nettoyait" les os j'ai cru qu'elle allait faire une syncope. Et c'est vrai qu'en regardant les assiettes de ma propre famille j'ai eu un sentiment de honte.

Je m’aperçois vraiment de l’énorme gâchis que nous réalisons et c'est vrai que ce n'est pas normal.

4. Les insectes ne sont pas tabous

En 2013 je travaillais en Angola et je suis allé en vacance au Zimbabwe. Là bas j'ai mangé le plat de la photo ci-dessous c'est à dire des légumes, la pâte blanche qui est l'équivalent de leur pain et...des chenilles !

Un plat que j'ai mangé au Zimbabwe...la viande était des chenilles.

Une fois rentré, tout fier de moi, je racontais mon aventure à mon assistant Angolais et là il me dit "c'est bien mais tu sais ici on en mange régulièrement. Dans les bidons villes la viande coûte cher donc on mange des insectes on a besoin de protéines".

Croyez-moi c'est le genre de phrase qui vous marque. Quand chez nous on laisse la moitié de la viande sur les os et qu'au simple fait de mentionner manger des insectes on voit le dégoût sur les visages j'ai aussi réalisé que pour certains c'est simplement une question de survie.

En fait c'est près de 2 milliards de personnes qui mangent des insectes dans le monde. Si vous êtes tentés il existe Micronutris, une société Française, qui s'est lancée dans la production et les produits à base d'insectes.

Les chenilles n'étaient pas top top mais les grillons ou les larves sont vraiment bons 🙂

5. La nourriture ne s'achète pas en conserve ou surgelée

J'ai rencontré ma copine quand j'étais au Qatar. J'avais alors un grand congélateur rempli de légumes, viandes/poissons surgelés et mes placards étaient pleins de conserves. Bref rien de bien choquant pour nous.

La première fois que je l'ai invité à dîner j'ai cuisiné du poisson en papillote avec une julienne de légumes. En me voyant cuisiner elle a engagé une conversation qui ressemblait à ça :

Ma copine : "attends ça fait combien de temps que c'est dans ton congel ?"

Moi : "je sais pas 2 ou 3 mois"

Ma copine : "T'es fou je touche pas à ton truc c'est périmé. J'veux pas être malade !"

Scène surréaliste chez nous j'ai pourtant dû lui faire une explication sur la congélation et le fait que ce n'est pas dangereux.

Ce n'est que plus tard quand j'ai déménagé en Angola puis au Kenya que j'ai compris sa réaction. Ici ils utilisent très peu de surgelés ou de conserves. Les légumes ou la viande s'achètent frais et rarement au supermarché. Il y a encore cette culture d'acheter ses aliments au marché.

Un marchand de légumes sur le bord de la route au Kenya. On ne peut pas faire de vente plus directe, les champs sont juste à côté.

Moi même je n’achète presque plus de conserves ou de surgelés depuis que je vis en Afrique. Comme tout le monde je vais chez la "mama mobga" et j'achète mes légumes avec une relation humaine et des sourires plutôt que le bip des codes barres.

Les surgelés ne sont de toutes façon pas forcément adaptés ici car on est jamais à l'abri d'une coupure de courant à durée indéterminée et du risque de tout perdre.


Les points dont je parle dans cet article peuvent nous paraître "bizarre" mais pourtant ils faisaient également parti de notre culture il n'y a pas si longtemps.

Malheureusement, mondialisation oblige, certaines traditions se perdent aussi en Afrique pour faire "comme le monde moderne". Un exemple qui m'agace particulièrement c'est celui de l'huile de noix de coco.

Le Kenya est un pays de noix de coco et on pourrait donc penser que l'huile de coco est majoritaire et utilisée par tout le monde. Pourtant je tombe des nus à chaque fois que j'explique à des Kenyans qu'ils devraient utiliser l'huile de coco et non les huiles végétales comme le maïs ou le tournesol. Les rayons des supermarchés sont remplis de ces huiles mauvaises pour la santé et pure invention du "monde moderne". L'huile de coco est pourtant une huile de choix.

Kenya gros producteurs d'avocats, de noix de macadamia et de noix de coco et pourtant on retrouve dans les rayons des huiles végétales de type maïs et tournesol inventées par les blancs et mauvaises pour la santé !

Aujourd'hui quand j'entends quelqu'un me dire qu'en Afrique ils ont "30 ans de retard" j'ai envie de distribuer des baffes. Dans notre arrogance et notre "avance scientifique" on oublie bien souvent qu'on a perdu une partie de notre héritage alimentaire et culturel.

L'Occident c'est ce jeune diplômé arrogant qui croit tout savoir et qui dénigre ses propres traditions et ses "anciens" jusqu'au jour où il devient ancien à son tour et s’aperçoit que "les anciens" avaient raison. Nous devrions apprendre de l'Afrique plutôt que de la dénigrer.

La réalité c'est que nous sommes de plus en plus déconnectés avec un acte aussi simple et sûrement le plus important de l’histoire de l'humanité : manger !

Si vous êtes Africain ou d'un autre continent laissez un commentaire pour dire ce que les Occidentaux devraient réapprendre.

 

 

  • 9 février 2015
Guillaume
 

Je suis le créateur de MVB. Ma mission est de vous aider à comprendre la nutrition pour atteindre vos objectifs à travers des articles simples, clairs et sans langue de bois. Pour en savoir plus sur moi cliquez ici.

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